Private equity : la fin du vent arrière, le retour de l'exigence
Levées plus lentes, sorties qui s'étirent : le non-coté inquiéterait. Le rapport 2026 de Bain & Company décrit pourtant moins une crise qu'un changement de régime, où la performance se mérite.
À écouter certains commentaires de marché, le private equity traverserait une zone de turbulences : levées de fonds plus lentes, sorties qui s'étirent, investisseurs plus sélectifs. Les chiffres racontent une autre histoire. Le Global Private Equity Report 2026 de Bain & Company décrit moins une crise qu'un changement de régime. Après plus d'une décennie portée par des conditions financières exceptionnelles, le non-coté entre dans une phase où la performance dépendra davantage du savoir-faire des gérants que du contexte macroéconomique. Autrement dit, le secteur ne traverse peut-être pas une crise : il entre dans l'âge adulte.
Une activité qui reste à des niveaux élevés
Les données de 2025 cadrent mal avec l'idée d'un secteur en difficulté. Près de 904 milliards de dollars ont été investis, en hausse de 44 % sur un an, et 717 milliards de dollars de cessions ont été réalisées, en progression de 47 %. Bain y voit le deuxième meilleur niveau d'activité jamais enregistré, derrière la seule année 2021, qui reste exceptionnelle à bien des égards.
Les transactions se poursuivent à un rythme soutenu : le marché n'a pas retrouvé l'euphorie des années de taux nuls, mais il demeure très actif à l'échelle mondiale. La réalité tient moins du ralentissement structurel que du retour à des conditions plus normales.
Le nerf de la guerre : restaurer la liquidité
Le véritable défi porte sur la liquidité plus que sur l'investissement lui-même. La hausse des taux, la volatilité des marchés et les écarts de valorisation entre acheteurs et vendeurs ont longtemps freiné les sorties, donc les distributions versées aux investisseurs, limitant d'autant leur capacité à se réengager dans de nouveaux fonds. La progression de 47 % des cessions en 2025 constitue à ce titre un signal encourageant, conforté par la réouverture progressive des marchés de capitaux, l'essor du marché secondaire et la reprise des opérations de fusion-acquisition.
Un chiffre frappe : près de 32 000 sociétés restent aujourd'hui en portefeuille, pour une valeur estimée à 3 800 milliards de dollars. Les plus prudents y lisent un engorgement et une pression croissante à céder ; les plus optimistes, un réservoir de transactions futures. À mesure que les conditions de financement se stabilisent et que les valorisations se normalisent, une part de ce stock devrait revenir sur le marché et alimenter l'activité des prochaines années.
« 12 est le nouveau 5 » : créer la valeur avant de la valoriser
Le message le plus important du rapport ne concerne ni les volumes ni les sorties, mais la nature même des rendements à venir. Pendant près de quinze ans, le secteur a bénéficié de taux historiquement bas, d'une dette abondante et peu coûteuse, d'une forte expansion des multiples et d'une liquidité généreuse. Une large part des rendements provenait alors de ce vent arrière.
Bain résume le basculement d'une formule : « 12 is the new 5 ». Un fonds pouvait acheter une entreprise à 5 fois l'EBITDA et la revendre à 12 fois ; aujourd'hui, dans de nombreux secteurs, on achète déjà autour de 12 fois. Acheter et revendre au même multiple ne crée plus de valeur.
Reste alors la seule voie durable : améliorer l'entreprise elle-même, accélérer sa croissance, renforcer sa rentabilité, mener des acquisitions ciblées ou ouvrir de nouveaux marchés. Le levier financier conserve son rôle, mais il ne suffit plus à lui seul. Le private equity revient à l'essentiel : créer de la valeur avant de la valoriser. Pour l'investisseur patrimonial, de plus en plus exposé au non-coté via les unités de compte et les fonds ELTIF, la conséquence est limpide : la sélection des gérants redevient déterminante, et l'écart entre les meilleures équipes et le reste du marché devrait se creuser davantage qu'au cours de la décennie passée. Le private equity n'entre pas en déclin ; il entre dans une phase d'exigence.
Au fond, Bain ne décrit pas une industrie en difficulté, mais une industrie qui arrive à maturité. Là où un environnement exceptionnellement favorable soutenait l'ensemble du marché, la phase actuelle exige davantage de discipline et d'expertise opérationnelle. Les équipes capables d'identifier les bonnes entreprises, d'accompagner leur transformation et de créer une véritable valeur devraient continuer à se distinguer, et c'est souvent dans les marchés les plus exigeants que les meilleurs investisseurs démontrent leur savoir-faire.

